Une journée dans une pension de propriétaires près de Rennes : les Écuries de Jo'ïa
Ce reportage est le premier d’une série que j’avais envie de commencer. L’idée : partir à la rencontre de professionnels bretons du monde équestre et canin qui partagent une vision du bien-être animal proche de la mienne. À travers ces reportages, j’ai envie de mettre en lumière celles et ceux qui œuvrent chaque jour pour offrir à nos animaux un environnement respectueux de leurs besoins physiques, mais aussi de leur équilibre émotionnel.
Et pour commencer cette série, il me semblait évident de vous emmener dans un endroit que je connais particulièrement bien : les Écuries de Jo’ïa, situées à Bourgbarré. C’est ici que vit ma jument, Bevinda.
Une histoire qui a commencé il y a plusieurs années
J’ai rencontré Manon en 2018. À cette époque, elle était monitrice d’équitation indépendante et nous accompagnait, ma jument et moi, dans notre travail. Au fil des années, j’ai pu découvrir sa façon de travailler, son approche des chevaux et surtout la place qu’elle accorde à leur bien-être.
En 2021, Manon réalise enfin le rêve auquel elle pense depuis de nombreuses années : créer sa propre écurie. Les Écuries de Jo’ïa voient alors le jour avec une volonté très claire : proposer aux chevaux un quotidien qui respecte leurs besoins physiologiques et leur équilibre émotionnel, tout en permettant aux cavaliers de développer une relation saine avec leur cheval.
Nous avons fait partie des premiers propriétaires à rejoindre l’aventure. Aujourd’hui encore, Manon est la personne à qui je confie ma jument avec le plus de sérénité. Parce qu’au-delà de ses compétences professionnelles, j’ai une confiance totale en elle. Je sais qu’elle observe, qu’elle s’adapte et qu’elle prend le temps de comprendre chaque cheval.
Et c’est probablement ce qui me touche le plus dans sa manière de travailler : elle ne cherche pas à faire entrer tous les chevaux dans un même fonctionnement. Chaque cheval a son tempérament, son histoire, ses besoins, ses forces et ses fragilités. Et ces particularités sont prises en compte aussi bien dans leur vie quotidienne que dans le travail.
Une écurie pensée autour des besoins fondamentaux du cheval
Les Écuries de Jo’ïa sont installées sur un domaine de prairies naturelles en Ille-et-Vilaine, au sud de Rennes. Le fonctionnement de la structure repose notamment sur trois grands besoins fondamentaux du cheval : la vie sociale, les fibres et la liberté de mouvement.
Ici, les chevaux ne vivent donc pas isolés. Ils évoluent en troupeaux, avec des groupes constitués en tenant compte des caractères et des affinités de chacun. Juments, hongres, poulains et étalon peuvent ainsi partager leur quotidien dans un environnement pensé pour favoriser des relations sociales stables et équilibrées. Les chevaux sont également pieds nus et disposent d’un accès à de vastes espaces de vie. L’organisation des pâtures permet une rotation des zones de pâturage et les chevaux disposent de plusieurs grands abris.
Le foin et l’alimentation au cœur du quotidien
L’alimentation occupe elle aussi une place importante dans la réflexion menée aux Écuries de Jo’ïa.
Les chevaux disposent de fourrage à volonté et les compléments alimentaires sont adaptés aux besoins individuels lorsque cela est nécessaire. Le système de distribution du foin permet notamment de favoriser une prise alimentaire étalée dans le temps.
Cette attention portée à l’alimentation est particulièrement intéressante lorsque l’on sait à quel point les besoins du cheval sont liés à son mode de vie naturel : manger des fibres, se déplacer, chercher sa nourriture et alterner les périodes d’activité et de repos font partie intégrante de son quotidien.
Et lorsque certains chevaux ont des besoins particuliers, Manon adapte également leur environnement et leur alimentation. C’est notamment le cas pour les chevaux présentant des problématiques respiratoires ou ayant tendance à prendre facilement du poids. Le foin enrubanné, moins poussiéreux, est dans ce cas privilégié. Des filets à foin sont utilisés pour aider les chevaux à réguler leur consommation et augmenter le temps de mastication, ce qui protège l'estomac contre les ulcères et réduit les risques de coliques.
Une véritable réflexion autour du mouvement
L’un des aspects qui me plaît particulièrement dans le fonctionnement des Écuries de Jo’ïa est cette volonté de ne pas dissocier le bien-être du cheval de sa liberté de mouvement. Les chevaux vivent dehors et peuvent se déplacer librement au cours de leur journée. Les espaces de vie, les troupeaux, les pâtures et la piste participent tous à cette possibilité de mouvement.
Mais cela ne signifie pas pour autant que le travail est mis de côté. Au contraire.
Les Écuries disposent d’un grand manège de 60 × 18 mètres, d’une carrière de 55 × 35 mètres avec sable de Fontainebleau ainsi que d’une piste en herbe d’environ deux kilomètres. L’objectif est plutôt de trouver un équilibre entre une vie de cheval respectueuse de ses besoins et une pratique équestre adaptée à chaque couple.
Une équitation qui s’adapte au cheval
C’est également ce que j’apprécie dans la manière dont Manon enseigne.
Son expérience de plus de vingt ans au contact des chevaux et sa formation de monitrice lui permettent de proposer un travail individualisé, aussi bien à pied que monté. Les séances peuvent être orientées vers le développement musculaire, la gestion des émotions, le travail en extérieur ou encore différentes disciplines sportives.
Mais derrière la technique, il y a surtout une volonté : faire progresser le cheval et son cavalier sans perdre de vue leur intégrité physique et mentale. La recherche d’une locomotion de qualité, le respect de la morphologie et des capacités de chaque cheval, l’adaptation aux différents profils : tout cela fait partie de l’approche de Manon.
Une vision qui me parle particulièrement en tant que photographe. Car finalement, que ce soit derrière mon appareil photo ou dans le travail équestre, je retrouve une même idée : observer avant d’agir, comprendre avant de demander et s’adapter à l’individu que l’on a devant soi.
Une nouvelle aventure : l’élevage
Plus récemment, une nouvelle activité est venue compléter l’histoire des Écuries de Jo’ïa : l’élevage.
Manon a choisi de faire entrer dans cette aventure Keops Lea, un étalon Pure Race Espagnole approuvé au stud-book PRE, à la robe isabelle dorée. L’élevage s’inscrit lui aussi dans cette volonté de faire les choses avec réflexion et mesure. Le nombre de saillies proposées chaque saison (deux par an actuellement) est volontairement limité afin de préserver le bien-être de Keops et de laisser les juments se reposer. L’objectif n’est donc pas de produire à tout prix, mais de construire progressivement un élevage familial, cohérent avec les valeurs qui animent déjà les écuries.
Une journée bien remplie aux Écuries de Jo’ïa
Pour ce reportage, j’ai choisi de suivre Manon pendant une journée. Et si l’on imagine parfois le métier de gérante d’écurie comme une succession de cours et de séances à cheval, la réalité est évidemment bien différente.
La journée commence tôt. Distribution des rations et du foin, surveillance des chevaux, soins (injection, nébuliseur), nettoyage des abris, gestion des pâtures. Avant même de commencer son activité d’enseignante, Manon doit déjà veiller au quotidien de tous ses pensionnaires.
Ce jour-là, elle a ensuite travaillé plusieurs chevaux en longe dans la carrière.
Puis le vétérinaire des écuries, Romain Dematteo, est venu pour plusieurs interventions auprès des pensionnaires : échographies, prises de sang, vaccinations, soins dentaires. Une journée comme il en existe tant dans une structure équestre, où les imprévus et les besoins des chevaux rythment constamment l’emploi du temps.
L’après-midi s’est poursuivi avec des parages, plusieurs cours et malgré cette journée déjà bien remplie, Manon a également pris le temps de monter son étalon, Keops.
Derrière les chevaux, une femme passionnée
Ce que j’avais envie de montrer à travers ces images, ce n’est donc pas uniquement une jolie écurie ou de beaux chevaux dans les prés. C’est aussi le quotidien d’une professionnelle passionnée, avec tout ce qu’il comporte de travail et de responsabilités. Créer et gérer une écurie comme celle-ci demande énormément d’investissement.
Il faut penser aux bien-être des chevaux, aux propriétaires, aux installations, à l’alimentation, aux pâtures, aux soins, au travail des chevaux, à l’enseignement, à l’administratif, à la communication, etc. Tout en continuant elle-même à apprendre et à remettre régulièrement ses pratiques en question, avec cette volonté de continuer à se former et à faire évoluer ses connaissances.
Les Écuries de Jo’ïa revendiquent une approche fondée sur la transparence, l’authenticité, l’ouverture d’esprit, le respect et l’engagement. Des valeurs qui ne restent pas simplement des mots, mais que l’on retrouve dans la façon dont la structure est pensée et dans l’attention portée aux chevaux et à leurs propriétaires.
Et puis sur les écuries, il y a aussi les deux chiens de Manon, Djack et Martin, ainsi que trois pensionnaires un peu particuliers. Trois petits chats, qui ont été adoptés auprès d’une association de sauvetage animalier, ont trouvé leur place au sein des écuries. Leur mission : veiller à ce que les souris ne s’installent pas trop confortablement. Des petits compagnons qui apportent encore un peu plus de vie et d’animation à ce lieu où les animaux occupent une place centrale.
Une première journée pour une série qui me tient à cœur
Ce reportage est donc le premier d’une série que j’aimerais poursuivre auprès d’autres professionnels du monde équestre et canin. Des personnes qui, chacune à leur manière, contribuent à améliorer le quotidien de nos animaux. Parce que derrière une belle image, il y a toujours une histoire. Une personne qui prend soin de son animal. Un professionnel qui l'accompagne. Un lieu pensé pour répondre à ses besoins. Des choix parfois différents des habitudes, mais guidés par une même envie : permettre à nos compagnons de vivre le plus harmonieusement possible.
Et c’est précisément cette dimension-là que j’ai envie de raconter avec mes photographies. Les Écuries de Jo’ïa étaient le point de départ évident de cette série. Parce qu’avant d’être un sujet de reportage, c’est un lieu qui fait partie de mon histoire.
Et parce que je sais, pour le vivre avec ma propre jument, à quel point il est précieux de pouvoir confier son cheval à quelqu’un en qui l’on a entièrement confiance. Merci à Manon de m’avoir ouvert les portes de son quotidien et de m’avoir permis de raconter, à travers ces images, un peu de ce qui fait l’âme de ce lieu.
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